Nouvelles des expulsés de Montreuil – Partie 2

Nouvelles des expulsions du foyer Bara

Il y a quelque jours de cela, je vous informais de l’expulsion de trois cents personnes d’une usine désaffectée de la ville de Montreuil. Usine qu’ils occupaient depuis 2008. Je suis retourné jeudi dernier, 4 août dans l’après-midi, au jardin dans lequel se sont regroupés un grand nombre de ces expulsés. Ce lieu où se trouve ce jardin public et qui porte le nom de place de la République est très proche du foyer Bara à Montreuil.
Lorsque je suis arrivé sur les lieux, il avait commencé à pleuvoir. et les « expulsés » ne disposaient que de quelques bâches tendues entre les  arbres. Les matelas empilés et les quelques biens qu’ils possèdent étaient mieux abrités que les quelques dizaines de personnes qui ont trouvé refuge dans ce jardin. En traversant le square, j’ai pu apercevoir quelques enfants âgés entre sept et dix ans ainsi qu’une jeune maman avec un nourrisson de quelques mois dans les bras. Par contre je n’ai vu aucun représentant officiel d’une quelconque administration locale ou nationale, pas même l’ombre d’un policier.En compagnie de Bara Traoré, militant actif du parti SADI du foyer Bara, j’ai pu interviewer quelques personnes, dont un ressortissant burkinabé, comme vous allez pouvoir l’entendre dans cet enregistrement.
A l’issue de cette retransmission, vous pourrez constater, comme je l’ai fait moi-même, que de nombreuses questions restent encore sans réponse aujourd’hui, une semaine après l’expulsion :
Pourquoi la mairie a-t-elle demandé aux habitants de cette usine abandonnée de faire des travaux à leurs frais, si c’était pour faire évacuer les lieux la veille de la visite par les services de la mairie ?

 Pourquoi les services de la préfecture ont-ils fait appel à des CRS venus de toute la France pour déloger des habitants qui n’avaient commis d’autre infraction que celle de ne pas disposer d’un logement ? Infraction aggravée pour une partie d’entre eux par le fait d’être « sans papiers »  et qui justifierait la mise en détention dans un centre de rétention puis l’expulsion vers leur pays d’origine.

J’ai d’abord considéré qu’il ne fallait pas exclure que cette expulsion, orchestrée par le préfet de police de la Seine-Saint-Denis, n’avait d’autre but que de créer des difficultés à Madame Voynet, maire de la ville et élue écologiste.
La bataille pour les élections présidentielles françaises de 2012 a déjà commencé depuis longtemps  et, si, aujourd’hui, Dominique Strauss-Kahn est définitivement éliminé de la course à l’Élysée, toute opposition, quand bien même elle ferait allégeance à la constitution et à la démocratie bourgeoise est un frein à la réélection de Nicolas Sarkozy.

 Pour cela, tout adversaire ou conccurent potentiel doit être mis en difficulté dès qu’une opportunité se présente.

 Les expulsés seraient alors un enjeu dans l’espace politique français. Enjeu, non pas pour être à leur écoute mais bien au contraire pour exploiter la vague nationaliste qui réclame l’expulsion de tous les travailleurs sans papiers. Mais pour le savoir, encore faudrait-il pouvoir disposer d’une déclaration officielle, authentifiée.
Si, il m’a été rapporté que madame Voynet se serait opposée à cette intervention, je n’ai pas été en mesure de recueillir des informations me permettant d’affirmer ou d’infirmer ces propos.
Ville de Montreuil, Préfecture, autorités consulaires africaines ou gouvernement français, région ou département, tous adoptent la même attitude : silence, circulez, nous ne sommes pas là, nous n’avons rien à dire. Et pourtant, comme vous allez pouvoir l’entendre au travers des témoignages que j’ai pu recueillir cette après-midi du 4 août 2011, le vice consul du Mali aurait été présent sur les lieux et son attitude a conduit mes interlocuteurs à considérer qu’il était présent sur les lieux à la demande des autorités policières.

 Bien sûr, dans ce grand silence, radio Kayira et le Parti SADI font exception mais nous sommes néanmoins tout à fait désarmés devant une telle indifférence concernant plusieurs centaines de personnes jetées à la rue dont des enfants, traitées comme des délinquants ou des voleurs par cette si célèbre patrie des droits de l’Homme.
Il faudra attendre le vendredi 5 au matin pour mieux comprendre les véritables enjeux de cette expulsion. En effet, les forces de polices sont à nouveau intervenues pour expulser près de trois cents personnes d’un autre lieu et les jeter à la rue : le square Boucicaut, à Paris.
Il n’est plus possible de douter que nous soyons en présence d’une stratégie planifiée par l’État français à l’encontre des travailleurs migrants et des sans-logis.

 L’été 2010 avait vu le gouvernement Sarkozy procéder à des expulsions massives de population Roms, l’été 2011 sera donc, à la fois, d’une part, une campagne d’expulsion de travailleurs migrants venus du continent africain et, d’autre part, un aveux d’impuissance à appliquer la loi dite du droit au logement opposable du 5 mars 2007.
Lorsque la bourgeoisie française et son représentant, l’Etat français, parlent de réaliser des économies, ils commencent par réduire les subventions pour les centres d’accueil des sans-logis mais il faut aussi que le gouvernement Sarkozy trouve une issue pour sortir du piège dans lequel son gouvernement s’est lui-même fouvoyé. Cette loi de 2007, dite du droit au logement opposable n’a été proposée, à l’époque, que pour reporter l’échéance d’avoir à construire des logements sociaux pour les populations les plus pauvres, avec ou sans papiers, de nationalité française ou étrangère. Aujourd’hui, l’échéance est échue et, non seulement, aucune solution n’a été élaborée mais le contexte économique s’est aggravé. Il ne reste donc plus que peu de solutions qui puissent convenir à la sauvegarde des intérêts de la classe dirigeante et de la bourgeoisie française : l’intervention policière, l’expulsion des logements précaires et pour finir l’expulsion vers les pays d’origine.

 Je suis porteur de bien mauvaises nouvelles mais il me semble très important de bien comprendre quels sont les enjeux politiques et les intérêts des commanditaires de ces procédures d’expulsions à répétition. Il ne faut surtout pas baisser les bras et céder au sentiment d’impuissance car ces jeunes africains, issus de tout le continent nous montrent actuellement comment il est possible d’être solidaires les uns des autres et ensemble, comment nous pouvons relever la tête et défendre nos propres intérêts face à une bourgeoisie qui se croit toute puissante.

Pierre Banzet

Correspondant de Radio Kayira en France

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