Parfum de pré-campagne : Ça repart
Les déclarations de candidature et les investitures pour la présidentielle se poursuivent tandis que « la chasse » aux partis qui n’ont pas de candidats est ouverte.
Après une courte période de « relâche », sans doute liée à l’effervescence de la fête de Tabaski puis à la digestion des agapes, la précampagne pour l’élection présidentielle a repris ses droits. Et comme il fallait s’y attendre, la liste des candidats s’est encore allongée et continuera de s’allonger.Ce week-end, deux nouveaux candidats sont entrés en lice : Achérif Ag Mohamed qui a été investi par l’Union nationale pour le travail et le développement et Niankoro Yeah Samaké, le porte-drapeau du Parti pour l’action civique et patriotique. Il s’agit là de deux candidatures atypiques. Même si Achérif Ag Mohamed a vite fait de préciser que sa candidature n’a aucune connotation ethnique ou régionaliste. Il n’empêche que son parcours fait de lui un prétendant qui affiche sa différence avec les autres. En effet, Achérif Ag Mohamed a représenté les Mouvements et Fronts unifiés de l’Azawad (MFUA) dans le CTSP pendant la Transition. Il sera ensuite consul du Mali à Tamanrasset, conseiller à l’ambassade du Mali à Tunis et est aujourd’hui… conseiller à la présidence de la République. Quant à Niankoro Yéah Samaké, le brouillant maire de Ouéléssebougou, il a déjà démontré qu’il a du caractère. Elu maire sous l’étiquette de l’URD, il démissionne de ce parti avec fracas, défie le parti et annonce dans la foulée qu’il briguera la magistrature suprême. Promesse tenue. Mais lui faut maintenant prouver qu’il peut séduire les électeurs à l’échelle nationale. Il faut savoir aussi que Niankoro Yeah Samaké est l’un des rares candidats à être opposés au projet de révision de la Constitution dont il juge « le timing inapproprié ». La précampagne électorale, c’est aussi la recherche du ralliement à son camp des nombreux partis politiques qui n’ont pas de candidats. Ces formations sont aujourd’hui au cœur de toutes les convoitises. Le Rassemblement pour le Mali a donné le ton dans ce registre en obtenant l’adhésion d’une kyrielle de partis à la candidature de son plus que probable candidat, Ibrahim Boubacar Keïta. Un collectif de 9 formations susceptible selon ses promoteurs de s’élargir à plus d’une vingtaine, a ainsi signé une « lettre d’appel à candidature » le 22 octobre passé. La semaine dernière, c’était le tour de l’UM-RDA de signer la « lettre d’appel à candidature ». Deux autres partis devaient faire de même hier, selon un responsable du RPM qui précise que c’est en Chine où il était invité au forum sino-africain tenue la semaine dernière que Ibrahim Boubacar Keïta a reçu le document d’adhésion de l’UM-RDA à sa candidature. Mais le RPM n’a toujours pas calé la date pour l’investiture de son champion. « Nous avons déjà dit à maintes occasions que nous allons investir notre candidat le plus tard possible. Cela nous donne aussi le temps d’obtenir l’adhésion du maximum de partis à sa candidature », explique un proche de Ibrahim Boubacar Kéïta. L’ancien Premier ministre qui se trouve à Paris depuis lundi est attendu pour aujourd’hui ou demain à Bamako. L’Union pour la République et la démocratie (URD) qui a investi son candidat depuis le 18 septembre est elle aussi certainement dans une logique de regroupement du maximum de partis derrière son porte-étendard, Soumaïla Cissé. Le président sortant de la Commission de l’UEMOA offrait jeudi un dîner dit « de reconnaissance » aux responsables des partis membre au GPS-12 (Groupe des partis solidaires), un regroupement hétérogène de 44 formations politiques réclamant l’organisation des élections sur la base d’un fichier consensuel et fiable. Officiellement, le dîner était organisé pour remercier ces partis pour leur contribution au débat sur le processus électoral. Mais si l’on en juge aux discours prononcés durant la soirée, le GPS-12 n’entend pas s’arrêter là. Le candidat de l’URD a ainsi clairement appelé à sa transformation en alliance électorale, estimant que le Groupe « doit aller beaucoup plus loin comme l’ADP », une alliance d’une quarantaine de partis qui avait soutenu la candidature du président Touré pour sa réélection en 2007. Le Congrès national d’initiative démocratique (CNID-FYT) se prépare également à investir son champion en la personne de Me Mountaga Tall. L’événement est calé au 10 décembre et la Commission d’investiture est à pied d’œuvre. Elle enchaîne, depuis quelques jours, les réunions. Au moment où les candidats sont investis les uns après les autres par leur parti et où la précampagne bat son plein, les partis de l’opposition qui contestent la composition de la CENI sous la houlette de SADI, reviennent à la charge. Après avoir été déboutés par la Section administrative de la Cour suprême de leur requête en annulation de la décision ayant mis en place la commission électorale, ces partis ont décidé de saisir à nouveau la haute juridiction cette fois-ci avec une requête en révision de procès dont le dossier a été déposé jeudi dernier. « La bataille est loin d’être terminée. Des avocats sont arrivés de Dakar pour la cause. Ils disent que nous avons des arguments solides », confie Oumar Mariko le candidat de SADI, en annonçant que les partis de l’opposition entendent par ailleurs saisir la Cour constitutionnelle sur le même dossier. « C’est la Cour constitutionnelle qui juge la régularité des élections. Or le processus électoral commence par la mise en place de la CENI. Si les données sont faussées dès le départ, cela veut dire que les élections ne seront pas transparentes », argumente Mohamed Ag Akératane, le secrétaire politique du parti SADI. En attendant l’issue de cet ultime épisode du dossier de la CENI, le processus électoral suit son cours normal avec les opérations révision des listes dont la première phase a été prolongée au 20 novembre. Cette prolongation qui vise à donner une dernière chance aux électeurs potentiels sera-t-elle saisie par ceux-ci ? On ose le croire.
L’Essor – Salim Togola


