Comment reconquérir le Nord Mali?
Tous les regards sont actuellement tournés vers l’éventuelle force de la CEDEAO pour reconquérir l’intégrité territoriale perdue et restaurer ainsi notre dignité afin de mériter de nos ancêtres qui ont pu jouer sans faiblesse leur partition dans l’avènement d’un Mali indépendant et souverain. Malheureusement qu’il n’est un secret pour personne que la CEDEAO à l’image des autres regroupements régionaux est un objet de trahison, une communauté sans solidarité. Aussi, l’histoire ne nous enseigne t- elle pas de compter sur nous –mêmes d’abord avant de compter sur les autres ?
En stratégie et tactiques surtout militaires, à l’exclusion du piètre tacticien, l’on doit toujours disposer d’un plan B comme alternative au plan A, celui d’une intervention de la CEDEAO dans le cas d’espèce. Ce propos est de servir de base de réflexion pour un plan B au cas où le dialogue pacifique avec les groupes d’égarés échouait et que la CEDEAO se contentait de mieux connaître nos besoins et de rester inactive face au péril malien. Pourtant un tel scénario est tellement plausible que c’est la volonté politique qui manque le plus au sein de la CEDEAO formée d’États complices actifs ou passifs dans cette scission programmée de notre chère patrie. Ce manque de volonté ajouté à l’état de déliquescence de la plupart des États de la CEDEAO et de leurs armées n’augurent rien dans la perspective d’une action militaire conjointe au Mali . En ne prenant que quelques exemples, il est fort à parier que la CEDEAO ne mobilisera aucun soldat ni armement pour venir à notre secours. La Côte d’Ivoire assurant la présidence actuelle de l’organisation sous- régionale ne dispose pas d’une armée digne de ce nom aujourd’hui si elle en a jamais eue. Cette armée en formation avec l’appui de la France ne dispose ni la cohésion ni la discipline d’une armée combattante et gagnante.
L’armée guinéenne en pleine restructuration peine à asseoir son statut républicain et de corps d’honneur avec les viols en série en son actif dans un passé récent. L’armée burkinabé ébranlée par sa crise de hiérarchie a à peine commencé sa restructuration. Celle du Sénégal a d’autres chats à fouetter avec son bourbier casamançais. La puissante armée du Nigéria est ébranlée par la nébuleuse « Boko Haram ». L’Armée nigérienne mieux structurée est fatiguée de se tenir en état d’alerte à cause de la menace touareg dans son nord. La Mauritanie dont l’armée est chantée par son président est l’alliée inséparable des séparatistes, donc pas du tout disposée á être juge et partie. Les exemples peuvent être cités non pas à l’infini mais à la limite tout au moins des pays de l’espace CÈDEAO. Ce plan B s’incline en deux composantes ou volets.
1. Volet effectif militaire
Pour combler la faiblesse numérique des effectifs de l’Armée malienne dans une zone vaste et particulièrement difficile et où les techniques de guérilla s’imposent désormais en lieu et place d’une guerre classique, il faut massivement infiltrer les régions nord du pays de combattants ayant subi des formations accélérées en techniques de guérilla dont le rôle est la connaissance du terrain et de l’ennemi et ses positions étant entendu que celui- ci n’occupe pas les camps militaires mais des sièges d’administrations publiques ou d’ONGs en vacances forcées.
Comment étoffer les effectifs de l’armée et pallier à sa vieillesse relative ?
Pour y parvenir, il faut faire prévaloir les dispositions constitutionnelles appropriées faisant de la défense nationale du Mali un devoir pour tous les citoyens. Il faut alors déclarer l’état de siège, suspendre les formations universitaires et enrôler dans l’Armée tous les aptes de 18 à 25 ans jusqu’à concurrence de 15.000 recrûs sur la base de la proportionnalité relative de l’effectif de la population des régions qui composent le Mali. Ces 15.000 recrûs acquerront très rapidement la formation militaire de base et la technique de la guéria en 45 jours. Ils auront comme instructeurs les éléments les mieux instruits de la Garde Républicaine, de la Gendarmerie et de l’Armée. Les autres éléments (fer de lances) de ces trois corps doivent être recyclés à la technique de guérilla et constituer la première ligne de front alors que les nouvelles recrûs se distingueront dans le ratissage et la sécurisation des zones contrôlées (front- arrière). Ces dernières seront renforcées par une compagnie mystique de chasseurs traditionnels de 30 à 45 ans qui ont l’avantage d’être aguerris et d’être imprégnés de la science africaine si importante dans la préparation psychologique et psychique des africains et surtout des maliens ayant tous un fonds culturel qui s’y prête. Cette compagnie mystique sera forte d’au moins 1. 500 hommes venus des différents groupes ethniques du pays. Les Centres d’Instruction (CI) doivent être concentrés plus près des zones de théâtres des opérations notamment à Ségou pour la reconquête des fronts Nord- Ouest et Mopti pour celle des fronts Est, Nord et Nord- Est. Étant donné les possibilités d’infiltration de l’ennemi dans le sahel occidental, un CI sera installé respectivement à Kayes et à Nioro du Sahel. Pour ne pas dégarnir les camps de Bamako et de Sikasso, les corps paramilitaires qui sont d’essence des corps de réserve (Police, Eaux et Forêts, douanes, Anciens du Service National des Jeunes et les chasseurs traditionnels Donzo non déployés) y assureront la garde des camps et des édifices publics et stratégiques.
La supériorité numérique doit être de mise dans la reconquête du Nord étant donné l’étendue de la zone et la possibilité de complicités locales avec l’ennemi. L’ennemi doit alors être impérativement envahi pour ne lui donner aucun temps de contre- offensive. L’Armée malienne doit garder l’initiative de l’offensive en allant trouver l’ennemi sur place et ne lui donner aucun temps de repli. Quel temps prendra une telle opération ? Cela dépend bien sûr de l’effectif mobilisé, de la qualité des hommes et surtout du niveau d’équipement de notre Armée. Mais, il ne faut pas se leurrer, la guerre de guérilla est particulièrement difficile et périlleuse étant donné qu’elle suppose une très bonne géo -localisation de l’ennemi, de ses techniques de combat et une grande mobilité. Si le recouvrement de notre territoire perdu peut demander seulement 6 mois, la pacification quant à elle demandera plusieurs années. Il faut alors opter pour une militarisation durable mais civilisée des régions nord du Mali à l’image de celle mise en application sous la première république. Mais tout cela ne vaut que lorsque l’Algérie, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et dans une moindre mesure le Sénégal accepteront de coopérer de façon franche avec notre Armée pour que leurs territoires respectifs ne soient jamais utilisés comme bases- arrières. C’est á ce niveau surtout que nous avons besoin d’une résolution de la CEDEAO et de la Communauté Internationale.
Concomitamment, il faut mener des activités de développement durable s’appuyant sur les avantages comparatifs de ces régions en synergie et en complémentarité avec ceux des régions du sud. En régions nord, on peut développer l’élevage pastoral, la pisciculture, la culture de dattiers, de plantes spontanées alimentaires et médicinales et des cultures intensives contre aléatoires le long du fleuve et des autres cours d’eau et enfin des industries de transformation locale de ces produits, pourvoyeuses de revenus et d’emplois. Pendant que le sud va demeurer un pôle pourvoyeur de denrées alimentaires telles que les céréales sèches, le nord lui continuera et accentuera sa fourniture de produits cannés, de dattes, de poissons , de légumes et de minéraux tels que le manganèse, le Phosphate tricalcique, le pétrole et l’uranium. La complémentarité d’antan vantée entre l’éleveur et l’agriculteur sera ainsi restaurée à l’échelle nationale au grand bénéfice de cette nation et de son peuple si fier et jaloux de son intégrité territoriale et de son indépendance.
2. Volet Finances et Équipement de l’Armée
Étant donné la cohabitation de différentes crises actuelles : financière, énergétique, climatique, politique, sécuritaire, humanitaire et économique, le rééquipement et le financement de notre vaillante Armée demanderont un sursaut national et un don de soi au niveau collectif et individuel. Pour matérialiser cela, tous les fonctionnaires de l’État y compris les paramilitaires (Police, Eaux et Forêts, douanes) à l’exclusion des éléments des forces armées doivent renoncer pendant au moins 6 mois à 10% de leurs salaires en guise de contribution à l’effort de guerre et plus exactement à la restauration de notre dignité mise en péril. Les travailleurs du secteur privé, de la société civile et des coopérations au développement doivent aussi renoncer pendant le même temps á au moins 10% de leurs salaires pour les mêmes causes. Les travailleurs du secteur informel très nombreux au Mali, les commerçants et autres opérateurs économiques et les membres de la diaspora malienne devront faire des contributions volontaires échelonnées sur les six mois en fonction de leurs capacités et possibilités. Au même moment, le budget d’Etat doit être réajusté en réduisant le train de vie de l’État et en réalisant des économies d’échelle sur le niveau réduit actuel de fonctionnement de l’Administration dans les régions nord du Pays. Le budget d’État à allouer exceptionnellement à cette cause ne devrait pas être inférieur à 20 % contre actuellement environ 10%. Une loi de programmation militaire permettra de dégrossir ce taux le temps que le Mali aura le moyen humain et matériel adéquat pour la défense de l’intégrité de son territoire national. Aucun diktat des bailleurs de fonds ne devrait amener le pays à fléchir dans cet élan étant donné qu’il s’agit là d’une question de survie de son existence qui conditionne la réalisation de toutes les autres ambitions et aspirations légitimes du peuple malien.
L’équipement sera principalement constitué de blindés légers et d’autres armes collectives terrestres et d’armes individuelles performantes et modernes. L’équipement aérien doit être constitué d’avions de reconnaissance et de transport de troupes et non de bombardiers, ceux- ci ayant prouvé leurs limites dans la guerre de guéria sur différents théâtres d’opérations en Irak, en Afghanistan et récemment en Libye où l’OTAN a failli laisser des plumes. Tout cela suppose bien sûr que le pays soit doté de structures de gestion et de gouvernance transparentes, compétentes sous le pilotage d’hommes et de femmes intègres et acquis á la cause nationale.
Une contribution de Mamby Fofana, citoyen malien


