Déclaration du Mouvement Populaire du 22 mars à propos de la mise sur pied d’un Gouvernement d’union nationale décidée par les Chefs d’Etat de la CEDEAO le 29 juin dernier à Yamoussoukro.
La 41ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO tenu à Yamoussoukro les 28 et 29 juin 2012 pour apprécier l’évolution de situation politique au Mali a mandaté le Médiateur pour mettre en place, avec le soutien du groupe de contact des Chefs d’Etat, un cadre de consultation en vue de renforcer le processus de sortie de crise au Mali. C’est dans ce contexte qu’un mini-sommet des Chefs d’Etat du Groupe de contact de la CEDEAO se tiendra le 7 juillet à Ouagadougou auquel sont conviés les forces vives et les représentants de la société civile du Mali.
Pour le MP 22, la persistance de la crise politique et institutionnelle au Mali est le fait de la CEDEAO qui continue à afficher un mépris souverain pour toute solution nationale et à multiplier les gestes de provocation, de chantage et de menace contre les forces politiques qui rejettent ses diktats.
La CEDEAO n’est pas à la recherche d’une solution politique nationale souveraine et durable à la crise que traverse le Mali. Bien au contraire, elle s’est totalement discréditée aux yeux de notre peuple à travers ses violations répétées de l’Accord-cadre du 6 avril, la déclaration solennelle du CNDRE du 1er avril 2012, la déclaration solennelle des forces vives du Mali à Ouagadougou les 14 et 15 avril 2012. La 41ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, tout comme les autres rencontres qui l’ont précédé, souligne sa constance dans sa détermination à mettre sous tutelle notre pays et à consacrer sa partition de fait.
Les solutions préconisées par les Chefs d’Etat de la CEDEAO, à savoir la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale, l’envoi de troupes sous mandat de l’ONU pour « sécuriser la transition », l’ouverture de pourparlers de paix avec les indépendantistes du MNLA, et les islamistes d’Ansar Dine s’inscrivent dans cette stratégie. L’objectif politique ultime de la CEDEAO est de sécuriser le Président intérimaire le Pr Dioncounda Traoré qu’elle a imposé pour un an, reconduire les pratiques et les hommes qui ont vidé notre démocratie de son contenu, lâcher le Gouvernement du Dr Cheick Modibo Diarra et parachever définitivement, grâce à un tour de passe-passe, le processus de mise sous tutelle du Mali par le truchement de traitres qu’elle aura hissé au pouvoir.
Par ailleurs, la CEDEAO dans ses dernières manœuvres, tente de dissocier le MNLA des autres hordes d’envahisseurs d’AQMI, d’Ansar Dine et du MUJAO. En effet, elle va utiliser cette organisation terroriste et criminelle comme carte maitresse dans les futures négociations avec le nouveau Gouvernement d’union nationale afin d’offrir sur un plateau d’argent une large autonomie qui lui ouvrirait par la suite grandement la voie royale à l’indépendance à l’exemple du scenario sud-soudanais. A ce sujet, le Président de la Commission de l’Union Africaine, Jean Ping a publiquement déclaré que l’Union Africaine et la CEDEAO travailleront à mettre en place au Mali, un Gouvernement « crédible » qui soit capable de prendre des « engagements » vis-à-vis des combattants du MNLA désormais absous des crimes de guerre qu’ils ont commis et remis en selle pour les besoins de la cause.
C’est pour cette raison qu’après avoir suivi la déroute en rase campagne du MNLA, le Médiateur Blaise Compaoré, en parfait accord avec ses pairs de la CEDEAO et de l’Union Africaine, a dépêché en territoire malien, un hélicoptère pour exfiltrer son Secrétaire Général et sauver la mise à cette organisation qui a mystérieusement disparu des villes qu’elle était censée pourtant contrôler. Son historique déroute militaire ajourne à brève échéance le projet séparatiste du MNLA minutieusement parrainé par la CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne et certaines autres puissances occidentales.
1.Le MP 22 s’interroge sur l’opportunité d’une rencontre à Ouagadougou organisée par la CEDEAO qui a allègrement violé tous les engagements auxquels elle avait pourtant souscrit avec les forces vives du Mali et du CNDRE visant à trouver une solution politique juste à la crise et qui préserve l’indépendance et la souveraineté du Mali ;
2. Le MP 22 ne participera pas à la rencontre du 7 juillet à Ouagadougou. Elle ne sera qu’une rencontre de plus destinée à apporter des mesures cosmétiques à une crise politique qui n’a que trop durée;
3. Le MP 22 inscrit son action dans le cadre de la recherche d’une solution politique nationale qui passe par la tenue d’une Conférence Nationale souveraine avec l’ensemble des forces politiques, sociales et syndicales du Mali. Cette Conférence Nationale doit s’atteler à trouver une solution rapide à la guerre au Mali, définir le délai et le chronogramme de la transition, les tâches opérationnelles à accomplir par les différents organes de transition en vue d’une transition pacifique, les modalités d’organisation des élections visant la normalisation définitive de la situation, la révision du fichier électoral, le rôle et la place des membres du CNRDRE pendant le processus de transition. La Convention Nationale prévue les 14 et 15 juillet prochains à Bamako constituera un apport décisif aux initiatives développées par les regroupements politiques et ouvrira de meilleures perspectives de sortie de crise à travers un dialogue franc et constructif entre tous les fils du pays.
4. Le MP 22 invite la CEDEAO à mettre fin immédiatement aux menaces, aux chantages et aux provocations qu’elle exerce sans cesse à l’encontre des forces politiques et à respecter l’indépendance et la souveraineté du Mali en devenant non pas une force d’imposition, mais une force de soutien et d’accompagnement ;
5. Sur la situation au Nord du Mali, le MP 22 condamne les profanations des Tombeaux des saints dans la ville de Tombouctou ainsi que celle des mausolées par les islamistes armés qui commettent des crimes de guerre.
Bamako, le 5 juillet 2012
Pour La Coordination et pour ordre
Nouhoum KEITA



Bamako bruit de pistes sur l’installation de l’islamisme djihadiste dans le nord Mali. Parmi elles, celle-ci instructive sur le jeu des États-Unis. Curieusement, alors que les forces spéciales US disposent de bases et d’éléments avancés dans la région, rien n’a été entrepris, s’interroge-t-on dans la capitale malienne, par Washington à la fois pour freiner la progression de ces djihadistes, motivés sûrement mais assez mal entraînés pour faire face aux troupes de choc US.
Les forces spéciales du Joint Special Operations Command (JSOC), l’élément opérationnel du Commandement des opérations spéciales US (United States Special Operations Command – Ussocom) peuvent effectivement être opérationnelles et sur zone en moins de 72 heures, selon des experts militaires. Les redoutables drones AC-130U Spooky ne seront donc pas utilisés pour faire sauter les colonnes de pick-up armés d’Aqmi, d’Ansar Eddine et du Mujao… pour le moment. On préfère à l’évidence attendre que la situation s’envenime un peu plus afin d’être en mesure de refaire en Afrique de l’Ouest, ce qu’on a tenté d’entreprendre en Somalie, en Afghanistan, en Irak et en Libye.
Washington donne l’impression d’attendre son heure. Obama, qui a toute sa tête et son énergie pour les élections de novembre prochain dont il n’est pas grand favori, essaye de retenir la Cédéao prête à envoyer des troupes pour chasser les jihadistess dans le nord du Mali ! Un peu comme si le locataire de la Maison-Blanche souhaitait voir le ver pourrir à point le fruit nord malien, qu’il cueillera après sa probable réélection. Ce n’est pas de la science fiction. Les dirigeants de la Cédéao ont exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution permettant l’envoi d’une force régionale au Mali, sans succès. Les conditions ne seraient pas encore réunies et l’agenda international est déjà explosif avec les crises syrienne et iranienne, s’est vu rétorquer l’association sous-régionale pourtant assez experte dans la gestion des crises chez ses membres. On ne ferait pas mieux pour attirer l’attention du monde. La destruction de tombeaux de saints dans la ville de Tombouctou, la Cité des 333 saints ajoutée à la liste du patrimoine mondial depuis 1988, se déroule en live, sous l’œil d’agences de presse internationales, à destination de l’opinion occidentale qui découvre qu’après les talibans, Al-Qaïda et Aqmi, il y désormais Ansar Eddine et le Mujao qui veulent instaurer la charia au Mali, profitant du chaos géopolitique qui s’est installé dans cette partie sahélo-africaine du continent Noir, suite aux Printemps arabes qui ont accouché en Tunisie, en Libye, en Égypte et au Maroc de gouvernements à très forte coloration islamiste, avec l’assentiment des puissances occidentales, dont le chef de file, les États-Unis. Il ne serait pas faux de dire que ces groupuscules terroristes mêlant bandits de grand chemin et jihadistes sont le fruit de la géopolitique dans le Sahel mais aussi dans ses pourtours, de Paris, de Londres, de Washington.